La légende de Jean CARTER

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Jean CARTER de L'Aiguillon sur Mer

En 1289, Le port de l’Aiguillon sur Mer était en pleine activité et les bateaux de pêche qui sillonnaient  le golfe du Pertuis étaient alors très nombreux. Ce port avait été installé sur les bords de la rivière Le Lay il y a bien longtemps déjà…Et il permettait aux pêcheurs de rejoindre l’Océan en remontant la rivière tout en protégeant leurs embarcations des assauts des marées…Il était fabriqué à base de poteaux en bois qui formaient une structure supportant des passerelles de bois, des sortes de pontons sur pilotis qui donnaient accès aux ponts des bateaux. Ces pieux en bois étaient enfoncés profondément dans la vase afin de soutenir l’ensemble…

Ce port était un port de marins pêcheurs à l’ambiance familiale, tout le monde ce connaissait et ce respectait…La vie y était certes rude mais aussi calme et sereine pour qui savait travailler honnêtement…

Mais l’hiver  1289, allait voir cette tranquillité bouleversée par des événements tragiques…

Ainsi, un matin de brume, les marins découvrent médusés que plusieurs poteaux de leurs pontons ont été sciés… Les pontons s’en voyaient alors  fragilisés et avant de prendre la mer, les marins savaient qu’ils étaient  contraints à la réparation. Ils voyaient ainsi la marrée se dérober devant eux et leurs journées de pêche gâchés par cet événement…Et à cette époque,  pas de pêche voulait dire : pas de poisson et donc pas de repas pour la famille… Enfin ces réparations représentaient un travail arasant car il fallait creuser, les deux pieds dans la vase des trous assez profonds pour accueillir et maintenir de nouveaux pieux de bois. Enfin, ces pieux devaient en plus être assez gros et assez résistants pour pouvoir soutenir le poids des passerelles menant de la rive du Lay aux ponts des bateaux ce qui les rendaient très difficilement manœuvrables dans la boue et la vase…

Mais, tout en travaillant, les marins se demandaient : « Mais, qui a bien pu scier nos pontons et surtout pourquoi faire ?!?!?!? »

Le mystère demeurait…et personne ne savait pourquoi ces pontons avaient été sciés…

Mais une fois les réparations terminées, cette mésaventure tomba bien vite dans l’oubli…Mais hélas, pas pour longtemps car quelques semaines plus tard…

Les marins découvrirent de nouveau avec effroi que leurs pontons avaient  été coupés de nouveau…Ils étaient coupés toujours à la même taille et avec la même scie…

Mais qui pouvait bien faire cela !!! Et Pourquoi !!! Ils n’étaient tous que de simples pêcheurs sans histoire…qui pouvaient leurs vouloirs du mal ???

La populace commença à parler de monter la garde sur le port…de pendre haut et cour les coupables !!! Les soupçons commencèrent à atteindre telles ou telles familles, les quolibets allaient bon train et les rumeurs les plus folles  circulaient au fil des eaux du Lay… L’ambiance sur le port n’était plus la même, une sorte de fièvre envahissait peu à peu les lieux et les gens devenaient de plus en plus agressifs, soupçonneux et méchants… On sentait que l’atmosphère devenait de plus en plus tendue…

Jusqu’au jour ou les pontons furent une  nouvelle fois saccagés par un ou des inconnus…

Là, s’en était trop !!! La colère envahissait les cœurs !!! Et les pêcheurs n’en pouvaient plus !!!

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Ces dégradations privaient les familles de leurs revenus, contraignaient  les marins à rester à terre et en plus présentaient des risques importants pour les bateaux. En effet, les  pontons une fois fragilisés pouvaient entrainer un échouage des bateaux, qui mal maintenus pouvaient se planter le nez dans la vase à tout moment et ainsi coincer, être submergé par la marrée montante. Si cela c’était produit, cela aurait été une perte inestimable pour bon nombre de famille de marins…

Car en effet, à l’époque, un bateau faisait vivre au moins huit à dix familles…

La foule s’était mise à gronder…elle grondait et grondait encore, de plus en plus fort en remontant le Lay. Elle envahit bientôt le port, puis descendit  les rues de la ville jusqu’à la Mairie. Les marins demandèrent au Maire de faire quelque chose…la situation ne pouvait plus durer ainsi !!!

Il fallait peut-être garder le port, faire appel aux gendarmes !!! A l’armée du Roi !!! Bref… faire quelque chose !!!

Le Maire devant cette colère décida de monter une milice citoyenne composée de volontaires pêcheurs et habitants encadrés par les gendarmes du Roi afin de pouvoir garder toutes les nuits le port… Après quelques semaines de garde, les hommes étaient épuisés car ils devaient garder le port à tour de rôle chaque nuit et travailler le jour à leurs activités respectives…

N’ayant pas subi de nouvel assaut ces vaillants gardiens décidèrent un jour de cesser leur surveillance…

Mais incroyable !!! Dès la première nuit sans garde !!! Les pontons furent de nouveau sciés à la base. Mais cette fois l’on retrouva un indice…

Une trace, oui… Une trace de pied et à côté de cette empreinte, un trou dans la vase.

Ces empreintes insolites « une trace de pieds gauches et un trou » interrogeaient les gens...Qu’est ce que pouvaient signifier ces traces, qui avaient bien pu les laisser…

Jean CARTER !!! Irlandais Charpentier à la jambe de bois

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Quelques jours après cette découverte un marin, peut-être un peu plus futé que les autres, fît le rapprochement avec Jean Carter et sa jambe de bois !!!! Seul Jean Carter avait pu laisser ces traces dans la vase, son pied gauche était de la même taille et le trou était forcément l’empreinte laissée par sa jambe de bois…

Jean Carte était un ancien charpentier de marine qui travaillait suite à un accident dans les  premiers parcs de moules Bouchots fabriqués par Patrice Walton… Irlandais d’origine lui aussi par sa mère, Jean s’était lié d’amitié avec le fameux Irlandais nommé Patrice Walton qui était ni plus, ni moins que l'inventeur involontaire de la culture des moules en bouchot. En effet, ce Patrice Walton avait fait naufrage au XIII e siècle dans la baie d’Aiguillon-sur-Mer.

Afin de se nourrir, il décida de chasser les oiseaux de mer nombreux dans cette baie connue comme étant de tout temps une réserve ornithologique d'exception et un lieu de passage migratoire réputé. Pour chasser, il tendit alors des filets sur de grands pieux enfoncés dans le sable afin de tenter de capturer des oiseaux.

Il s’aperçut que ces pieux en bois battus par la houle et les marées se recouvraient peu à peu de petites moules. Il entreprit alors d'installer de nombreux pieux les uns à côté des autres afin d'augmenter son rendement. Il décida alors de nommer ce type de culture « bout et choat » qui veut dire "la clôture de bois" en français. De "bout et choat" nous passâmes peu à peu à "bouchot" dans le parlé local...

Mais cette culture en bouchot, ce travail, était un véritable calvaire…Avec les techniques rudimentaires de l’époque, les ouvriers étaient constamment obligés d’être les jambes dans l’eau salée afin d’avoir assez de temps entre deux marées pour entretenir les parcs et récolter les moules…Seules les plus pauvres acceptaient ce type de labeur…et on comptait de nombreux accidents dans ces parcs, entre les vagues scélérates qui vous assommaient contre les poteaux et les trous de vases molles qui vous emprisonnaient sous l’eau jusqu’à ce que mort s’en suive…Ce travail était vraiment très rude…mais voilà, il fallait bien manger et Jean n’avait pas vraiment d’autres choix…

Bouchots mytiliculture de moules
Jean carter 1

En effet, depuis que sa jambe avait été arrachée lors d’un accident de travail sur les chantiers de construction de bateau de l’Aiguillon sur Mer, Jean n’avait rien pu trouver de mieux. Après bien des souffrances ce pauvre homme s’était alors reconverti ou plutôt résigné à travailler quand il le pouvait dans ces terribles parcs à moules de bouchots…

Coupable idéale ??? Oui il l’était !!! Oui ce ne pouvait qu’être lui !!!

De plus, tout le monde l’avait régulièrement entendu maudir les soirs de beuverie les habitants et marins de l’Aiguillon sur Mer qu’ils jugeaient responsables de ses malheurs…C’étaient leurs chantiers après tout qui l’avaient privé de sa jambe !!! Et personne n’avait eu pitié de lui quand la faim s’installa…Lui qui pourtant avait fabriqué ou réparé tant de bateaux pour ces gens-là !!!

Il ne pouvait pas y avoir de doutes, Les indices incriminants Jean Carter s’accumulaient contre lui. Un marin raconta même qu’à chaque fois que les pontons avaient été sciés, Jean Carter était apparu quelques jours plus tard avec une nouvelle jambe de bois toute nouvellement sculptée… Tous connaissaient ses talents de sculpteur sur bois… Mais d’où pouvait bien venir le bois de ses nouvelles jambes de bois sculptées, si ce n’était des pontons du port…Jean Carter était en plus charpentier il disposait donc des outils lui permettant de commettre ce type de forfait !!! Et quelle vengeance idéale pour lui !!!

« Il nous voyait depuis la rive à chaque dégradation,  creuser le ventre vide pour réparer les dégâts !!! » criaient les marins…

La foule décida d’en avoir le cœur de net et elle se rendit alors chez le fameux Jean Carter pour fouiller sa maison et l’interroger ou plutôt le faire avouer… 

Mais on ne trouva pas d’autres preuves chez lui…rien… pas un morceau de ponton, ni même des traces de vase…

Mais la foule n’en pouvait plus…Tous criaient, bousculaient le pauvre Jean…

On commença à le frapper, au ventre, puis à la tête…

Le pauvre homme criait son innocence, prétextant qu’il n’aurait jamais eu la force de se sortir de la vase seul…Mais personne n’écoutait ces justifications…

Il fallait que ça s’arrête !!! Les gens ne voulaient plus avoir faim…

Et l’irréparable arriva, un marin voulu arracher la jambe de bois de Jean Carter pour vérifier de quel bois elle était faite…

Hélas, le pauvre homme perdit alors l’équilibre et on entendit malgré les crient de la foule le bruit sourd que fit sa tête en heurtant les pavés…Le sang coula alors doucement de sa tête et envahit bientôt la place….

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C'était trop tard, Jean CARTER était mort sur le coup...Oui !!! Il était bien mort !!!

Tache de sang jean carter

La foule pensa alors que ce n’était qu’un malheureux accident. Cela était dramatique certes…mais il n’y avait pas vraiment de coupable car ce n’était qu’un accident, personne ne voulait que ça finisse comme cela… Chacun essaya ainsi de justifier cet acte à sa manière afin d’amoindrir sa culpabilité…

Certains disaient quand même : « De toute manière, il fallait que sa s’arrête !!! Il fallait que le coupable paye !!! Donc tant pis pour lui… »

Etait-il réellement coupable au juste ??? Les pontons ne furent en tout cas plus jamais coupés…Cela suffisait-il comme preuve ? Aux regards des habitants bien sur !!! Mais le doute persiste encore aujourd’hui…

Et malgré ce qu’ils croyaient, les problèmes des marins du port de l’Aiguillon sur Mer ne faisaient que commencer…

Car depuis cette époque, les soirs de brume sur le port, la voie de Jean Carter se fait entendre…comme un soupir qui revient de l’au-delà, comme un râle, un murmure au son grave et ténébreux …

Aujourd’hui encore, si vous passez le long des quais du port de l’Aiguillon sur mer les soirs de brume, vous  pourrez entendre…

Pirate

(Lisez ces phrases à voies base… de plus en plus doucement)

« Rends là moi… Rends là moiRends là moi… Rends la moi…»

 

(Puis, saisissiez fermement la jambe de l’un de vos auditeurs en criant très fort !!!)

 

« MA  JAMBE  DE  BOIS   !!! »

 

Tete demort

Vous aurez compris que cette légende n’en est pas une…Mais avouez que cette histoire racontée ainsi fait son effet !!! Et que la chute, la fin est saisissante !!!

Cependant, si vous passez le long des quais du port de l’Aiguillon sur Mer un soir de brume, rappelez vous cette légende qui n’en est pas une et tendez l’oreille quand même…histoire de ne pas être surpris par le fantôme de Jean Carter !!!

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